J'ai passé suffisamment de temps avec du matériel audio pour remarquer quelque chose de bizarre - quand je dépanne une console qui déconne, j'ai *l'impression* d'avoir trouvé le problème avant de pouvoir vraiment l'expliquer. Mes mains connaissent la solution avant que mon cerveau ne la raconte. Ensuite je dois décortiquer mon propre raisonnement pour l'expliquer à quelqu'un d'autre. Cet écart entre « je sais » et « je peux expliquer pourquoi je sais » est bien plus grand que la plupart des gens ne le réalisent, et je pense que c'est exactement ce qui se passe dans ces études en neurosciences que tout le monde cite.
Le truc, c'est que ces études mesurent l'activité neurale qui corrèle avec les décisions, mais corrélation n'est pas causalité - et plus important encore, elles mesurent généralement la *préparation* à l'action, pas la décision elle-même. Ton cerveau exécute constamment des processus en arrière-plan, teste des possibilités, lance des simulations. Certains de ces processus remontent à la conscience, d'autres non. Cette activité qu'ils détectent quelques centaines de millisecondes avant que tu en sois consciente? C'est probablement ton cerveau qui rétrécit déjà le champ en fonction de tes valeurs, tes expériences et ce qui compte pour toi. Le moment conscient n'est pas quand ton cerveau prend la décision - c'est quand tu prends conscience de ce par quoi ton cerveau a travaillé. C'est quand même *toi* qui décides, juste pas de la façon dont on l'imaginait.
Voilà le truc pratique que personne ne semble mentionner : si tu veux vraiment tester ta propre prise de décision, arrête d'essayer de te surprendre sur le moment et regarde plutôt tes *schémas*. Tiens un journal approximatif pendant quelques semaines - pas un truc de journal quotidien, juste les décisions que tu as prises et pourquoi tu croyais les avoir prises. Tu remarqueras que tu fais les mêmes types de choix dans les mêmes conditions. Ce schéma, C'EST ton libre arbitre en action. Ce n'est pas du hasard cosmique, c'est toi qui es cohérente avec toi-même. Que ce soit « libre » au sens philosophique est presque sans importance - ce qui compte, c'est que c'est le *tien*, que ça vient de ton histoire et de tes valeurs, et que tu peux le changer si tu le veux vraiment.